Le Comptoir des structurés

Les risques des produits structurés

La documentation commerciale insiste sur le risque de marché. Il n’est ni le seul, ni toujours le plus important. Voici les six risques réellement portés par le souscripteur.

1. Le risque de perte en capital

Si la barrière de protection est franchie à la constatation finale, la perte est proportionnelle à la baisse du sous-jacent depuis le niveau initial — et non à la distance au seuil.

Sur une barrière à 60 %, un sous-jacent qui termine à 59 % fait perdre 41 %, pas 1 %. C’est l’effet de seuil, discontinuité brutale que seuls les mécanismes airbag atténuent, au prix d’un coupon plus faible.

2. Le risque de crédit de l’émetteur

Le plus négligé, parce qu’il ne se matérialise presque jamais — jusqu’à ce qu’il se matérialise. Un produit à capital garanti émis par une banque défaillante ne garantit plus rien.

Ces titres sont des créances : ils ne bénéficient d’aucune garantie des dépôts et entrent dans le périmètre du mécanisme européen de renflouement interne. Voir le guide EMTN.

Conséquence opérationnelle : diversifier les signatures autant que les sous-jacents.

3. Le risque de rendement nul

Celui-ci ne figure jamais dans les brochures, parce qu’il ne produit pas de perte comptable. Vous pouvez porter un produit huit ans, récupérer 100 % de votre capital, et n’avoir encaissé aucun coupon.

Le capital est préservé ; huit années de rendement sont perdues. Sur un capital de 100 000 € et un placement sans risque à 2,5 %, le coût d’opportunité approche 22 000 €. C’est une perte réelle, simplement invisible au bilan.

4. Le risque de liquidité

Il n’existe pas de marché organisé pour ces titres. La sortie anticipée dépend du prix de rachat affiché par l’émetteur, qui n’y est le plus souvent pas contractuellement tenu.

Ce prix intègre une fourchette achat-vente et dépend de la volatilité, des taux, du temps restant et de la qualité de crédit de l’émetteur. Un produit dont le sous-jacent est inchangé peut valoir 93 % du nominal, notamment parce que les frais de structuration ont été prélevés dès l’émission. Ces produits se souscrivent avec l’intention de les porter au terme.

5. Le risque de réinvestissement

Un autocall rappelé rapidement vous rend votre capital au moment où le marché a monté — donc où les nouveaux coupons sont plus faibles.

Une succession d’autocalls rappelés au bout d’un an ne délivre pas le coupon facial année après année : elle délivre une suite de rendements courts, entrecoupés de trésorerie non rémunérée et de réinvestissements dégradés.

6. Le risque de change

Sur un produit libellé en devise étrangère, le change peut à lui seul effacer le gain de la formule, ou aggraver une perte. Un produit en dollar qui délivre 10 % pendant qu’un euro s’apprécie de 12 % laisse l’investisseur européen en perte.

Une version couverte — dite quanto — existe souvent : son coût de couverture réduit le coupon affiché. C’est le prix de la tranquillité, et il doit être comparé.

Quelle part dans un patrimoine

Ces produits ne conviennent pas à tous les investisseurs. Leur souscription suppose un examen de la situation patrimoniale, des objectifs, de l’horizon, des connaissances et de la capacité à supporter une perte.

Une règle de prudence largement partagée consiste à n’y consacrer qu’une fraction mesurée d’un patrimoine financier diversifié, répartie entre plusieurs émetteurs, plusieurs sous-jacents et plusieurs millésimes — un seul millésime concentre le risque sur un unique point d’entrée de marché.

Questions fréquentes

Peut-on perdre tout son capital sur un produit structuré ?

Oui, dans deux cas : si le sous-jacent s’effondre très au-delà de la barrière de protection à la constatation finale, la perte suit cette baisse et peut être quasi totale ; et en cas de défaut de l’émetteur, indépendamment du comportement du sous-jacent.

Quel est le risque le plus sous-estimé ?

Le risque de crédit de l’émetteur, parce qu’il ne se manifeste presque jamais, et le risque de rendement nul, qui ne produit aucune perte comptable mais immobilise le capital plusieurs années sans contrepartie.

Mis à jour le . Les ordres de grandeur chiffrés reposent sur les conditions de marché de novembre 2025 et évoluent avec les taux et la volatilité. Notre méthodologie.

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